Lavallée, Cham, Myre et Nadeau- chronique littéraire du 27 octobre


Lune d’entre elles de Loïse Lavallée- Publié chez Vents d’ouest

Il s’agit d’un recueil de 13 nouvelles dont le thème est la lune. On sait tous que la lune influence les humeurs, les comportements, les marées etc.

Loïse Lavallée a choisi de développer des histoires tout au long d’une année de treize lunes et selon chaque mois de l’année, elle invente une nouvelle où la lune a son rôle à jouer. Chaque lune est à la fois unique et insolite comme ses personnages et ses histoires.

Le vocabulaire y est très soigné ( parfois, il faudra consulter le dictionnaire ) , les histoires sont construites de façon à ce que la fin nous surprenne. J’adore ça.

L’histoire du grand-papa lion, celle de juillet, est touchante à souhait, l’histoire de Septembre traite de l’importance du regard des autres, celle d’octobre nous apprend qu’au Madagascar, il y a une fête des morts tout à fait particulière : les coutumes malgaches veulent qu’une fois par année, on  aille chercher les morts dans leurs tombeaux, qu’on les serre dans nos bras et qu’on les emmène faire la fête pour les désennuyer) nous apprend beaucoup et nous immerge dans le pittoresque à l’intérieur d’une histoire d’amour.

Dans plusieurs nouvelles, on sent bien que l’on a aussi affaire à une poétesse. D’ailleurs, Loïse Lavallée a lancé, hier, Un recueil de poèmes érotiques, Le muscle de l’étreinte aux éditions Neige-Galerie.

Le muscle de l’étreinte

Magnifique livre produit par les éditions Neige-Galerie. Recueil de poésie érotique, sensuel à souhait. Il relate l’histoire d’un amant et de sa maîtresse, de moments charnels intenses, puis du vieillissement, de l’éloignement, de la rupture. L’histoire de plusieurs d’entre nous, quoi.

Encore ici, l’écriture est très soignée, mais l’élan, le souffle y sont. Éros et Thanatos comme au début du monde.

La couverture de l’artiste, Christian Quesnel, est absolument inspirante : une belle jeune femme observée par…la mort.

Les images de Richard Robesco amplifient le souffle de Lavallée en magnifiant ses emportements, son désir, celui de l’autre aussi. Une exposition des œuvres de monsieur Robesco est présentement en cours à la bibliothèque Guy Sanche de Gatineau.

À l’école de mes élèves de Serge Cham-publié chez Vermillon

Originaire d’Haïti, Serge Cham voulait devenir prêtre. Jeune homme très brillant, il aura la chance d’être repéré par et il poursuivra de brillantes études. Il sait lui que l’éducation est la porte de sortie de la pauvreté. Il viendra s’installer au Canada en 1970 où il commencera à enseigner. Il sera engagé à l’école Saint-Bernardin ou il enseigne à des élèves en difficulté d’apprentissage. Il dit d’eux que ses élèves le forçaient à se dépasser. Jamais il n’écrit un seul mot contre l’un d’eux. Au contraire, les cas les plus difficiles l’attirent. Il les écoute, entends  leur malheur et tente d’aider à la cicatrisation de leur mal-être. Il empêchera l’un d’eux de se suicider. Il trouve les bonnes paroles, force le respect. Pourquoi ? Parce qu’il les respecte et que ses étudiants le sentent. Il enseigne ensuite au Centre hospitalier Pierre-Janet ou la clientèle n’est pas plus facile. Il est toujours à leur écoute, tente de comprendre leur cheminement, ne leur impose rien sinon le respect d’eux-mêmes. Ce pédagogue  travaillera donc particulièrement dans des milieux difficiles et il inversera la pédagogie. C’est à dire qu’il apprendra de ses élèves et il leur enseignera à partir de ce qu’ils vivent.

Par exemple, il apprend qu’une petite fille a été agressée par son père. Il écrit alors une histoire, une espèce d’allégorie ou l’enfant peut s’identifier à un animal. C’est l’histoire de l’enfant que que Serge Cham raconte. Dans cette histoire, il transforme la petite fille en chatte et il construit l’histoire avec ce qu’elle lui raconte, ce qu’il apprend d’elle. Quand elle entend l’histoire de la petite chatte, elle comprend; le déclic se fait et elle va se reconstruire. Manidou, elle, ne peut plus parler suite à un traumatisme. Il lui écrit la perruche heureuse de recommencer à parler. A force de l’observer, de lui parler, de lui donner confiance, l’enfant va recommencer à parler. Un quasi-miracle 🙂

Un livre touchant, émouvant à recommander à tous les jeunes enseignants et même aux plus vieux.

BEC de Suzanne Myre

Née en 1961, Suzanne Myre est une auteure névrosée qui se soigne. Elle nous a offert d’excellents recueils de nouvelle comme j’ai de mauvaises nouvelles pour vous, le peignoir et plusieurs autres.

Elle nous présente BEC, Blonde d’entrepreneur en construction. C’est l’histoire de Laurence qui aime Jean-Marc. Son amoureux n’a jamais de temps pour elle : il travaille sur les chantiers, arrive tard, ne pense pas comme elle. Ces deux-là sont ensemble, on sent qu’ils s’aiment, mais…

Laurence est kleptomane. Elle en peut s’empêcher de voler. Un soir, elle accompagne Jean-Marc à la pendaison d’une crémaillère. Elle va y apprendre bien malgré elle, que son chum l,a trompée avec la propriétaire. Le choc! Elle ne veut plus le voir, mais rapidement elle constate qu’elle ne peut pas finir cette histoire comme ça. Jean-Marc de son côté pense qu’il peut recoller les morceaux. Il lâche son travail pour quelques semaines et l’emmène à Playa del Carmen dans un tout inclus pour favoriser leur reconstruction amoureuse. Elle y revoit son psychologue qu’elle nomme le psyclown. Tout l’énerve. Et évidemment, elle va voler dans le magasin à grande surface et se fera prendre. Les personnages sont délicieux, on y croit.  Mais surtout on sourit à la lecture des états d’âme de Laurence.

L’ humour de Myre est mordant, jamais inutile. Un délice de lecture. Du bonbon.

Les accents circomplexes de Jean-Benoît Nadeau

Journaliste pour le magazine L’Actualité, Jean-Benoît Nadeau nous raconte humoristiquement son retour au canada après avoir vécu trois ans en douce France. Choc extrême, il déménage de Paris à Toronto. Il y décrit la vie d’un francophone en pays anglophone, l’idée du bon voisinage, les beignes qui arrangent tout.

Nadeau, à certains moments n’y va pas avec le dos de la cuillère : Il écrit que La francophonie, au canada, demeure le dernier préjugé acceptable. Il mentionne que René Lévesque appelait les franco-ontariens les deads ducks et que 40 ans plus tard, ils sont encore plus de 500 mille dead ducks en Ontario. Il dit aussi que contrairement au Parisiens qui ont une opinion sur tout, les Torontois n’ont une opinion sur rien sauf sur les prix et le Québec. Donc il choque, c’est sûr, mais souvent on éclate de rire. J’ai beaucoup ri quand il raconte l’épisode des ratons-laveurs, mais j,ai pleuré de rire quand il raconte que, parce qu’il ronfle, on soupçonne qu’il fasse de l’apnée du sommeil alors on lui installe un appareil pour mesurer sa respiration la nuit. Une pièce d’anthologie humoristique. Un autre moment très drôle et en même temps plein d’ironie. C’est lorsqu’il accueille des Français venus faire de la moto-neige dans les grands espaces du Québec.

Bref, Nadeau nous apprend beaucoup sur notre ouverture aux autres et surtout sur l’ouverture des autres à notre réalité de francophones en Amérique.

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