Mon texte finaliste au concours Interlettre d’Eastman: Lettre à Michel Tremblay


Cher Michel,

T’aurais tellement pu t’enliser dans une p’tite vie ordinaire.

Grâce à Nana, tes belles-sœurs, Marcel, Pierrette, et à tous les personnages de ton implosif univers, tu as sut’élever à force de persévérance, d’intelligence. À la lecture de ton œuvre, c’est tout un pan de l’histoire sociologique du Québec qui défile devant nos yeux. En créant des personnages vibrants d’humanité tant par leurs forces que par leurs faiblesses, tu es devenu « écrivain universel », toi, le p’tit gars du Plateau Mont-Royal. C’est pas rien ! Le premierà oser montrer le Québec tel qu’il était. Et même si à la première représentation des Belles-sœurs, les spectateurs avaient tous quitté la salle avant la fin, maintenant, les salles sont combles avant le début. C’est ben pour dire…

Et la langue… ta langue, notre langue ! Encore de l’audace… Alors que le Québec français a honte d’exister, que notre vie culturelle se résume à peau de chagrin, tu la montres avec fierté, passion et amour; tu l’offres telle une transsubstantiation et tous y communient. L’histoire du Québec et ce français si riche de sa misère, dérange, débauche, décape, déjante, débaillonne. Et voilà que malgré sa pauvreté, il se fraie un chemin au cœur du monde…

Un jour que je suis à la veille de prononcer une conférence en France, le libraire qui doit me présenter s’approche et, très sérieusement, me confie qu’il a lu avec avidité et bonheur La grosse femme d’à côté est enceinte, mais que je me dois d’éclairer sa lanterne parce que, même en cherchant sur internet, il n’a pas compris l’une de tes expressions : « les senteux de canneçons ». À deux minutes de mon allocution, devant un parterre d’une cinquantaine de personnes, j’éclate de rire, crécelle folle, incontrôlable. L’heure est grave. Vite, me reprendre, retrouver mon sérieux, mais… impossible. Entre deux hoquettements, j’explique que canneçons, c’est slips. Mon libraire ébaubi, les yeux qui s’écarquillent, réplique avec l’accent le plus français du monde: « Mais c’est pas possible ! Des senteux de canneçons… » Je hurle de rire, plantée devant le micro où je devrais plutôt m’envelopper de solennité.

Ton œuvre magistrale se sculpte à même de petits riens, quasiment des insignifiances, qui révèlent la vie des familles québécoises d’une certaine époque. Mais dans ce qui pourrait paraître banal à première vue, la vie exulte, brute, bouillonnante, à la fois résiliente et révoltée. La misère humaine, l’inculture, la soumission, la pauvreté, la détresse, la révolte, l’espoir, la différence, membres d’une même famille, s’entredéchirent puis s’embrasent et s’embrassent.

Et que dire de ces femmes, tes femmes …De Nana à Édouard en passant par Carmen et Hosanna. La condition des femmes de partout dans le monde…le chœur de celles et ceux qui souffrent jusqu’aux tréfonds de leurs entrailles féminines…

Tu n’as pas eu honte de nous, de notre une identité et tes œuvres nous ont grandis.

À toi pour toujours !

Ta Marie-Lou.

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